Thèse en cours : “Un gentleman scholar sur le toit du monde : Brian H. Hodgson (1801-1894)”.

Jean-Baptiste Lamontre, doctorant au laboratoire HTL, prépare une thèse intitulée “Un gentleman scholar sur le toit du monde : Brian H. Hodgson (1801-1894)”, sous la direction d’Émilie Aussant et d’Aimée Lahaussois.

Il nous présente sa thèse ici :

L’argumentaire initial de mon projet doctoral, tel qu’on peut encore le trouver formulé sur ce billet, était le suivant : il s’agissait de montrer ce que les tibéto-birmanistes doivent encore de nos jours, consciemment ou non, aux choix terminologiques et grammaticographiques de l’époque de fondation de la linguistique himalayenne, en étudiant les premières descriptions grammaticales des langues himalayennes à morphologie complexe sur une période allant des années 1850 (l’époque des premières grammaires, par Brian H. Hodgson) jusqu’au tournant du XXe siècle (l’époque de l’encyclopédique Linguistic Survey of India). L’étude s’attachait en particulier à éclairer :

  • le discours métalinguistique parfois daté, et les pratiques de transcription et d’annotation qui n’étaient pas encore conventionnalisées à l’époque et ont cessé de nous être familières ;
  • la méthodologie du travail d’enquête linguistique ;
  • la formation linguistique personnelle et l’horizon de rétrospection des auteurs.

Il m’est bientôt apparu plus pertinent de recentrer le projet sur la seule figure de Hodgson, en compensant cette réduction de l’empan chronologique par une lecture plus ambitieuse de son œuvre, au-delà des seules grammaires par où j’étais venu à lui. Il y a à cela trois raisons.

D’abord, il suffit d’un balayage rapide des sources primaires sur la période considérée pour comprendre que les successeurs immédiats de Hodgson n’ont pas apporté de contribution originale à la linguistique himalayenne en faisant de nouvelles enquêtes de terrain ; ils dépendaient exclusivement des travaux de leur devancier. On ne voit apparaître de données nouvelles qu’avec le volume himalayen du LSI (vol. 3, partie 1, 1909) ; encore ne s’agit-il que de brèves esquisses, qui restent très en-deçà du luxe de détails avec lequel Hodgson avait exposé 50 ans plus tôt la morphologie verbale complexe de deux langues du Népal, le vayu et bahing.

En outre, le simple fait de me poser la question des influences et des mobiles des travaux de Hodgson sur le vayu et le bahing devait inéluctablement m’engager, à brève échéance, à m’approprier le reste de son œuvre pour y chercher ses sources et ses aspirations : non seulement le reste de son œuvre linguistique, d’ailleurs, mais encore ses contributions à l’anthropologie et à la zoologie, dont l’histoire des sciences nous apprend qu’elles avaient, à l’époque, partie liée avec ce que l’on appelait encore la « philologie comparée ».

Enfin, une thèse réalisée au sein d’une équipe de recherche à la vocation historienne affirmée, pratiquant une histoire de la linguistique à destination des historiens des idées et pas seulement des linguistes, ne pouvait faire l’économie d’une analyse contextuelle qui se dote d’un volet sociologique en plus du volet théorique : comprendre Hodgson, ce n’est pas simplement clarifier les détails techniques de son travail qui nous échappent aujourd’hui ; c’est surtout le re-situer dans le paysage intellectuel et dans la sociologie de la science de son époque pour tenter de comprendre pour quel public il écrivait, dans quels débats il prenait implicitement position, au contact de quels savants il limait ses propres idées, et pour quelles raisons extra-scientifiques son œuvre est passée à peu près inaperçue en son temps.

Retour en haut
CONTACT
MENTIONS LEGALES
PLAN DU SITE
logo-cnrs
logo-université-paris
Université Sorbonne Nouvelle