Thèse en cours : “Autour de la “parole intérieure” : parole, conscience et réel dans les spéculations linguistiques indiennes”.

Michael Meyer, doctorant au laboratoire HTL, prépare une thèse intitulée “Autour de la « parole intérieure » : parole, conscience et réel dans les spéculations linguistiques indiennes”, sous la direction d’Émilie Aussant et de Lyne Bansat-Boudon.

Il nous présente sa thèse ici :

La transmission orale, du maître à ses disciples.
Odisha State Museum, Bhubaneswar, c. Xe siècle.

La civilisation indienne a toujours été empreinte de spéculations sur la parole (vāc, śabda), qui portent tant sur sa relation avec le monde intérieur — la pensée (manas), la perception (pratyaya), etc. — que sur sa relation avec les choses (artha), ou, plus spécifiquement, avec la structure du monde sensible.

La plupart des systèmes de pensée indiens, qu’ils relèvent ou non de l’orthodoxie brahmanique, s’accordent ainsi à considérer les constructions mentales (vikalpa) comme linguistiques par nature, mais doutent néanmoins, à des degrés divers, de l’aptitude du langage à rendre compte du réel. Aussi distinguent-ils une forme supérieure de cognition, qui, dépourvue de toute construction mentale (nirvikalpa), demeurerait toujours au-delà du langage ou en-deçà de lui, et qui, partant, toucherait au cœur même des choses. Cette forme de cognition serait propre aux êtres extraordinaires qui ont, par l’ascèse, atteint la délivrance (mukti, mokṣa, nirvāṇa), mais elle serait également accessible à tout un chacun, dans l’instant fugace qui précède la manifestation d’une cognition déterminée.

Plusieurs penseurs indiens refusent néanmoins de considérer le réel comme extérieur au langage et postulent ainsi que même les cognitions les plus immédiates en apparence — la perception « pure », notamment — baignent dans le langage. C’est le cas du grammairien Bhartṛhari (c. 450-510), et, à sa suite, de plusieurs exégètes cachemiriens des Xe et XIe siècles, qui exposent une système de pensée idéaliste généralement appelé le śivaïsme non dualiste du Cachemire. Le postulat central de ce système, sous sa forme la plus achevée — celle que présente le polymathe Abhinavagupta (c. 975-1025) —, est celui que la seule réalité est la conscience (cit) et que cette conscience est parole (vāc) en essence, si bien que le monde empirique ne serait rien d’autre qu’une matérialisation plus ou moins achevée de la parole.

Mon travail de recherche vise à montrer comment s’articulent ces idées, en explicitant, d’une part, les arguments avancés par les penseurs indiens, et, de l’autre, en m’attachant à les inscrire dans l’histoire des idées indiennes en général, afin de mettre en lumière leur genèse.

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