Séminaire HTL-Labex 2022-2023 : L’annotation entre Moyen Âge et Modernité

Responsables du séminaire : Franck Cinato et Aimée Lahaussois

‘The Vespasian Psalter’ (London, British Library, Cotton MS Vespasian A I, f. 12v). Copié dans le second quart du VIIIe s. traduction interlinéaire en viel-Anglais réalisé au IXe s.

Argumentaire

L’acte d’annoter les textes, quels qu’ils soient, apparaît comme une activité multimillénaire dans la plupart des aires linguistiques (voir Cinato – Lahaussois – Whitman, à paraître). Annoter, c’est évidement ajouter des informations, dont la nature extrêmement variable dépend des contextes culturels, des époques, des objectifs. Or, il ne s’agit pas d’un acte gratuit ni anodin, car l’effort qu’il demande répond à des besoins et crée par le fait même de nouvelles connaissances.
            Par certains aspects, la pratique de l’annotation est à la racine même de la création d’un niveau métalinguistique. Nous observons ainsi que dans le processus de grammatisation des langues vernaculaires européennes, les premières attestations des terminologies métalinguistiques exprimées dans des langues autres que latine ou grecque se développent sous forme d’annotations manuscrites au sein de corpus de gloses.
            Dans le cadre de ce séminaire, nous distinguons les notions de gloses (qui peuvent être orales ou appartenir au discours/texte, et ainsi donc ne pas seulement exister sous forme d’annotation) et d’annotation, en ce sens que l’une comme l’autre ne participe pas nécessairement à une relation de parfaite réciprocité : une glose peut être annotée, mais pas uniquement, et une annotation n’est pas toujours une glose.
            Ainsi, si les premières annotations métalinguistiques sont probablement médiévales, la pratique n’a jamais cessé jusqu’à nos jours. Dans une perspective épistémologique, ce séminaire visera à documenter la question de l’annotation à travers des séries de faits s’étalant du Moyen Âge à nos jours, avec une emphase sur les périodes de la Renaissance et l’époque moderne, identifiées comme des périodes charnières.

            Dans le contexte actuel où l’annotation de corpus occupe un grand nombre de linguistes, descriptivistes ou TAL-istes, apporter une perspective historique sur cette pratique paraît essentiel pour situer les horizons de réflexion et identifier dans quelle mesure les pratiques sont marquées par une continuité.

            Nous nous intéresserons dans un premier temps à l’annotation interlinéaire, et chercherons à établir une chronologie de son évolution afin d’identifier la continuité des étapes la liant à l’annotation linguistique telle que pratiquée actuellement en typologie et en linguistique descriptive. C’est donc dans le contexte de matériaux écrits accompagnés de gloses ou de traductions interlinéaires, reflétant une confrontation entre cultures et langues différentes, que nous souhaitons mener cette réflexion. Il nous semble particulièrement important d’avoir une couverture géographique large, afin d’identifier comment ces pratiques ont pu différer dans différentes aires culturelles à travers le temps. Ainsi, nous inviterons des experts travaillant sur des horizons très différents : entre autres, nous entendrons des spécialistes de la documentation linguistique en Amérique du Nord, avant et après Boas au début du 20eme s. ; des traditions d’annotation de textes en Asie du Sud, du Sud-Est, et de l’Est jusqu’au 19e siècle ; de Leibniz, puisque ce dernier préconisait l’annotation interlinéaire des données sur les langues exotiques.

            Dans le cadre de cette thématique large, nous souhaitons soulever des questionnements divers selon les perspectives adoptées, qu’elles soient d’ordre théorique, diachronique, épistémologique, anthropologique, etc. Quelles constantes peut-on dégager de pratiques similaires mais cependant indépendantes ? Peut-on observer une influence de l’imprimerie sur la pratique de l’annotation ? Les modèles linguistiques modernes ont-ils transformé notablement la pratique ou se sont-ils satisfait des usages établis ? Telles sont quelques-unes des questions que nous nous poserons. D’autres thématiques seront éventuellement abordées par la suite, comme par exemple, la ponctuation et le découpage de l’énoncé comme pratiques « annotatives », ou l’annotation marginale dans sa dimension intertextuelle.

Bibliographie

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